Cigarette électronique : l’avis d'un pneumologue
Dangereuse ? Inoffensive ? Difficile de se faire un avis avec tout ce que l'on peut lire sur internet à propos des risques liés à la consommation de cigarette électronique.
Il a donc fallu explorer d'autres pistes pour trouver les bonnes informations sur le sujet. Partir du principe que si fumer est responsable de 80 % des cancers du poumon, les pneumologues sont donc les mieux placés pour pouvoir répondre aux dangers auxquels s'expose le vapoteur comparé à la cigarette traditionnelle.
C'est un début de réflexion intéressant qui pourrait remettre en question l'utilisation de la e-cigarette comme étant le meilleur substitut pour arrêter de fumer.
La cigarette électronique est-elle dangereuse pour les poumons ?
Le danger numéro un de la cigarette, c'est la fumée inhalée par le fumeur lors de la combustion du papier et des agents toxiques. Pour la cigarette électronique, c'est à peu près la même chose.
La vapeur de l'e-cigarette transporte avec elle des composants irritants et cancéreux qui sont extrêmement néfastes pour les voies respiratoires.
Fumer inflamme les tissus dans les poumons, ce qui peut causer des dommages permanents et augmenter considérablement le risque de maladies respiratoires.
Une étude a comparé l'inflammation pulmonaire chez les utilisateurs de cigarettes électroniques et de cigarettes traditionnelles. Les fumeurs de cigarettes électroniques avaient des lésions pulmonaires significativement plus importantes que les fumeurs de cigarettes traditionnelles.
Les études scientifiques pour contrôler la dangerosité des e-cigs ont presque toutes porté sur la composition des liquides. Nous avons pour le moment trop peu de recul sur les dangers associés à l'utilisation de la cigarette électronique, notamment sur les voies respiratoires qui sont les premières touchées par le vapotage.
Cependant, de plus en plus de professionnels rappellent que fumer tue et que lorsque cette addiction ne tue pas, elle rend malade.
Si le tabagisme est responsable de la bronchite et de 90 % des bronchopneumopathies chroniques obstructives (BPCO), la cigarette électronique est une alternative intéressante, mais loin d'être sans danger pour la santé.
La majorité des vapoteurs le savent bien, la sensation d'étouffement , de poumons pleins, est particulière et très souvent associée à la vape plutôt qu'à la cigarette.
Les effets nocifs de la cigarette électronique sur les poumons sont les suivants :
- L'accumulation de liquide dans les poumons (œdème pulmonaire)
- La bronchite chronique
- L'emphysème
- La pneumonie
- L'inflammation des poumons (pneumonite)
- Le collapsus pulmonaire
- La fibrose pulmonaire
- L'hypersensibilité pulmonaire
- Le syndrome de détresse respiratoire aiguë (SDRA)
- Le cancer du poumon
De plus, de nombreux appareils sont conçus pour être utilisés avec d'autres drogues, y compris le THC. Dans une étude de 2018, 10,9 % des étudiants ont déclaré avoir vapoté de la marijuana au cours des 30 derniers jours, contre 5,2 % en 2017. Une double association qui aggrave les poumons d'un fumeur malade et qui use petit à petit la régénération pulmonaire d'un poumon sain.
Cigarette industrielle vs e-cigarette, quelle est la plus dangereuse au niveau respiratoire ?
La réponse est oui, mais. La vapeur contient 9 à 450 fois moins de substances toxiques que la fumée de cigarette.
Un fait que peu contestent aujourd'hui. Oui, la cigarette électronique cause moins de dommages sur les poumons que la cigarette conventionnelle.
Moins dangereux ne veut pas dire sans aucun risque. La e-cigarette affecte les poumons. Les premières conséquences sont apparues dès 2019, soit un peu moins de 10 ans après l'arrivée sur le marché des vapoteuses.
Dans un rapport du Centers for Disease Control and Prevention (CDC) des États-Unis, un total de 2 807 cas ou décès hospitalisés dûs à la cigarette électronique ont été recensés. Pour la plupart, le vapotage a créé deslésions des tissus pulmonaires importantes à sévères.
Il est aussi primordial de rappeler que si l'on sait que la cigarette électronique aide à arrêter de fumer la cigarette, aucune étude sérieuse n'a montré une efficacité élevée dans la réussite du sevrage sur le long terme.
L'avis d'un pneumonologue sur la cigarette électronique
En tant que spécialistes des maladies pulmonaires et respiratoires , les pneumologues traitent les patients qui ont des problèmes respiratoires causés par diverses affections, y compris celles liées au tabagisme.
Les experts de la santé constatent une généralisation du tabagisme et parlent même d'uneépidémie de tabagisme , tant la pratique est très répandue. Si cela c'est quelque peu estompé chez les fumeurs de cigarette classique la tendance a explosé pour la cigarette électronique, notamment chez les adolescents puisqu'ils sont 52% à avoir essayé au moins une fois. À noter que la cigarette électronique peut être un facteur contribuant à la dépendance au tabac chez les adultes.
À l'image des tabacologues, les pneumologues sont eux aussi partagés sur le sujet. Nombreux sont ceux qui rappellent que l'ennemi numéro est la cigarette et que vapoter, même risqué, reste la meilleure alternative au tabac. D'autres s'inquiètent des effets à long terme de la vapeur produite par les cigarettes électroniques, qui peuvent contenir des substances toxiques et irritantes pour les poumons.
Pour connaître l'avis des pneumologues sur la cigarette électronique, il convient de regarder d'abord les recommandations du Haut Conseil de la santé publique (HCSP). Il s'agit d'une instance d'expertise et de conseil du gouvernement français en matière de santé publique. Elle est composée d'experts indépendants et de représentants des professionnels de santé.
La HCSP émet trois remarques. La cigarette électronique peut :
- aider les fumeurs à arrêter ou à réduire leur consommation de tabac
Mais elle peut aussi :
- constituer une passerelle vers le tabagisme ;
- entraîner un risque de normalisation de la consommation de tabac en raison de l'image positive.
En somme, rien de nouveau comparé aux arguments que nous avons expliqués précédemment, mais la confirmation que la cigarette est une solution, mais n'est ni la seule ni sans risque de tendre vers une addiction au tabac.
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Bertrand Dautzenberg, tabacologue et pneumologue, rappelle que : "Aujourd'hui, la cigarette électronique est un substitut comme un autre qui peut contribuer à sortir de l'addiction. Nocive, oui, mais infiniment moins que la cigarette. Toutefois, dans 20 ans, quand il n'y aura plus de fumeurs, je serai contre la cigarette électronique."
Il est important de noter également que les plus gros fabricants de cigarettes électroniques et d'e-liquides sont pour la plupart des manufacturiers de tabac. Un lien étroit entre les deux mondes qui soulève de nombreuses questions.
Pour finir, regardons du côté de l'OMS : Certaines études récentes semblent montrer que l’utilisation d’inhalateurs électroniques de nicotine peut augmenter le risque de cardiopathie et de pneumopathie.
Quels sont les dangers du vapotage ?
Deux chiffres à retenir :
- Un jeune qui fume a une chance sur 2 de devenir fumeur
- Un jeune qui vapote, quant à lui, a une chance sur 6 de devenir addict au tabac.
Sans conteste, la cigarette électronique est moins addictive, mais elle le reste tout de même.
Vapoter ne consiste pas simplement à inhaler des produits chimiques et toxiques, cela peut aussi être une porte d'entrée vers le tabagisme. Et puis, il y a tous ces témoignages. Tous ces fumeurs qui disent fumer encore plus, ne plus pouvoir se passer de leur vape.
Vapoter pour arrêter de fumer , pourquoi pas ? Si cela dure quelques semaines ou mois. Mais passé ce délai, le vapoteur s'exposera forcément à des problèmes pulmonaires légers à sévères, sans parler de l'addiction aux substances qui composent les e-liquides.
Questions fréquentes
Que retient l'agence sanitaire française sur le risque respiratoire ?
L'ANSES retient un risque probable ou possible dans trois domaines, dont le respiratoire, après examen de plus de 3 000 études.
Elle situe la gravité de ces risques en dessous de celle du tabac fumé.
Sur quoi porte le désaccord entre la France et le consensus international ?
Pas sur l'efficacité mesurée, qui est établie avec une certitude élevée dans la revue Cochrane 2024.
Le désaccord porte sur le statut à lui donner : première intention pour le consensus anglo-saxon, solution transitoire pour l'ANSES, preuves jugées insuffisantes par la Haute Autorité de santé en 2014.
Un e-liquide peut-il contenir une substance interdite ?
L'agence sanitaire publie, comme la loi l'y oblige, les écarts relevés sur les déclarations des fabricants.
Une partie de ces lignes porte la mention d'un ingrédient interdit, classé cancérogène, mutagène ou toxique pour la reproduction. D'autres signalent une concentration de nicotine au-dessus du plafond européen de 20 mg par millilitre.
Une cigarette électronique est-elle un dispositif médical ?
Non, ni médicament ni dispositif médical en France.
Elle ne peut donc revendiquer aucune allégation thérapeutique, contrairement aux substituts nicotiniques, et sa publicité est interdite depuis 2016.
Quel traitement un médecin propose-t-il en première intention en France ?
Les substituts nicotiniques, recommandés par la Haute Autorité de santé et remboursés à 65 %.
L'accompagnement comportemental s'y ajoute et améliore encore le résultat. Il est gratuit au 39 89.
Pour aller plus loin
Article vérifié le 11 août 2026.