Arrêter de fumer sans pastille : résultats des essais
Toux 2,9 fois plus fréquente (formes orales)- + 52 %
- d'abstinence dans les essais sur comprimés et pastilles
- 1,03
- rapport de cotes des substituts achetés sans suivi, toutes formes
Quelle efficacité a été mesurée pour les pastilles à la nicotine ?
Tout dépend de la situation : essai clinique encadré ou achat libre sans suivi.
Dans les études cliniques, les substituts améliorent les chances de réussite
La revue Cochrane la plus complète, qui regroupe 133 essais cliniques, estime que les substituts nicotiniques augmentent les chances d'arrêt d'environ 55 % par rapport à l'absence de substitut. La pastille fait partie des formes étudiées.
Sur 100 personnes qui tentent d'arrêter, environ 6 y parviennent sans aide, 9 avec une seule forme de substitut et 12 avec un patch combiné à une forme orale. Les essais ne trouvent aucune différence d'efficacité entre la pastille, la gomme, le spray et le patch pris isolément.
Ces essais se déroulent pourtant dans un cadre particulier. Les participants reçoivent des conseils, des rappels et des visites de suivi, ce qui les distingue de quelqu'un qui prend une boîte de pastilles et gère seul.
Sans accompagnement, les résultats sont beaucoup moins convaincants
Les enquêtes en population ne séparent pas les formes de substituts. Elles disent quelque chose des substituts en général, pas de la pastille en particulier.
En Angleterre, les substituts nicotiniques achetés librement ne sont pas associés à un meilleur taux de réussite : le rapport de cotes est de 1,03, presque identique à celui des fumeurs sans aide. Pour les mêmes substituts délivrés sur ordonnance, avec un suivi, il monte à 1,33.
En France, le Baromètre de Santé publique France 2017 conduit à une observation proche. Les personnes qui avaient utilisé uniquement des substituts étaient moins souvent abstinentes à douze mois que celles qui n'avaient rien utilisé.
Il serait faux d'en conclure que la pastille nuit à l'arrêt. Les fumeurs qui prennent un substitut sont peut-être plus dépendants dès le départ, ce qui fausse la comparaison. Les auteurs parlent d'un effet « probablement limité » en vie réelle et ne mettent pas en cause les traitements.
La Haute Autorité de santé (HAS) rapporte aussi que, dans certaines études, les médecins qui prescrivent des substituts n'obtiennent pas plus d'arrêts que ceux qui n'en prescrivent pas. Cette observation ne suffit pas à contredire les essais cliniques.
L'accompagnement semble jouer un rôle essentiel
Toujours en Angleterre, un substitut associé à un accompagnement individuel multiplie par près de trois les chances de succès par rapport à un arrêt sans aide. Utilisé seul, il n'apporte pas d'avantage mesurable.
L'accompagnement collectif donne aussi des résultats : sur 13 essais, les groupes de parole augmentaient les chances de réussite de 88 % par rapport à un livret d'auto-assistance.
L'aide gratuite existe en France. Tabac info service est joignable au 39 89, du lundi au samedi, de 8 h à 20 h.
| Méthode étudiée | Résultat observé |
|---|---|
| Substitut, toutes formes, en essai clinique | 55 % de chances d'arrêt supplémentaires (Cochrane 2018) |
| Substitut acheté sans ordonnance et sans suivi | Aucun écart mesurable en Angleterre (1,03) |
| Substitut obtenu sur ordonnance | 33 % de chances supplémentaires en Angleterre |
| Substitut utilisé seul en France | Abstinence moins fréquente à 12 mois dans l'enquête (0,62) |
| Substitut avec accompagnement individuel | Près de trois fois plus de chances de réussite en Angleterre |
Ces résultats viennent d'études qui n'ont ni la même méthode ni les mêmes participants. On ne peut pas les lire comme un classement de cinq traitements, et aucun ne mesure la pastille seule.
Quels sont les effets secondaires de la pastille à la nicotine ?
Une méta-analyse de 92 essais et 32 185 participants a relevé les effets indésirables des substituts nicotiniques par rapport à un placebo. Les gommes, les pastilles, l'inhalateur et le spray y sont regroupés sous le nom de formes orales, et les chiffres valent pour l'ensemble.
Pour ces formes orales, le hoquet ressort nettement : il est 7,7 fois plus fréquent que sous placebo. La toux, les douleurs de la bouche et de la gorge et les aphtes sont aussi plus souvent signalés. La revue Cochrane sur les substituts mentionne, pour la pastille et la gomme, des irritations de la bouche, des brûlures d'estomac, du hoquet et des douleurs à la mâchoire.
| Effet indésirable | Ce que montrent les études |
|---|---|
| Hoquet | 7,7 fois plus fréquent avec une forme orale |
| Toux | 2,9 fois plus fréquente avec une forme orale |
| Douleurs de la bouche et de la gorge | 1,9 fois plus fréquentes avec une forme orale |
| Aphtes | 1,5 fois plus fréquents avec une forme orale |
| Palpitations et douleurs thoraciques | Environ 2 fois plus fréquentes, soit 2,5 % contre 1,4 % sous placebo (toutes formes) |
| Nausées | 1,7 fois plus fréquentes (toutes formes) |
| Insomnie | 1,4 fois plus fréquente (toutes formes) |
Ces effets sont le plus souvent légers. Les auteurs ne parlent pas de danger : ils demandent que les patients soient prévenus.
Les aphtes après l'arrêt : le produit n'est pas forcément en cause
Beaucoup de fumeurs mettent les aphtes sur le compte du traitement. Une étude menée auprès de 1 234 personnes abstinentes depuis au moins une semaine donne un autre tableau : environ 40 % ont eu des aphtes après l'arrêt, surtout durant les deux premières semaines, dont 8 % sous une forme sévère.
La première semaine seulement, les scores étaient plus élevés avec les gommes et les pastilles qu'avec le patch. Chez 60 % des personnes touchées, les aphtes avaient disparu en moins de quatre semaines.
Pour les auteurs, ils découlent de l'arrêt du tabac lui-même. L'échantillon vient toutefois d'une clinique spécialisée, où la plupart des patients suivaient un traitement : les 40 % ne valent pas automatiquement pour qui arrête seul.
Et concernant le cœur ou la santé mentale ?
Sur ces points, les données sont plutôt rassurantes. La méta-analyse ne relève pas plus d'anxiété ni de dépression sous substitut que sous placebo.
Aucun essai ne montre d'augmentation du risque d'infarctus, y compris chez des patients qui avaient déjà une maladie cardiaque. Les palpitations, elles, sont bien plus fréquentes, comme le montre le tableau.
Pastilles à la nicotine : remboursement selon le produit
Depuis le 1er janvier 2019, l'Assurance Maladie rembourse à 65 % les substituts nicotiniques inscrits sur la liste, sur ordonnance et sans plafond annuel. Le reste, soit 35 %, est à votre charge, sauf prise en charge par une mutuelle.
Les prescripteurs sont le médecin, le dentiste, la sage-femme, l'infirmier et le kinésithérapeute. La durée habituelle du traitement va de trois à six mois.
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Questions fréquentes
Peut-on arrêter d'un coup sans pastille après vingt ans de tabac ?
Aucune enquête ne distingue l'ancienneté du tabagisme, donc il n'existe pas de chiffre propre à cette situation. On sait que 69 % des tentatives se font sans aide et 75 % d'un coup. Sans traitement, 3 à 5 % des fumeurs tiennent encore un an plus tard.
Pastille ou gomme, laquelle marche le mieux ?
Les essais ne montrent aucune différence d'efficacité entre les formes prises isolément. Les effets indésirables sont comptés ensemble pour les formes orales : hoquet 7,7 fois plus fréquent, douleurs de la bouche et de la gorge 1,9 fois. La revue Cochrane cite pour les deux les mêmes gênes : irritations de la bouche, brûlures d'estomac, hoquet, douleurs à la mâchoire.
Les pastilles à la nicotine donnent-elles des aphtes ?
Sur 1 234 personnes qui venaient d'arrêter, environ 40 % ont eu des aphtes, surtout les deux premières semaines. Les scores étaient plus élevés avec la gomme ou la pastille la première semaine seulement. Les auteurs relient les aphtes à l'arrêt du tabac, pas au produit.
Combien de temps dure le manque quand on n'utilise pas de substitut ?
Le sevrage est le plus intense la première semaine et dure de deux à quatre semaines. À 30 jours, il s'est dissipé chez ceux qui tiennent, hors la faim et le poids. Les envies peuvent revenir pendant des années : 59 % des anciens fumeurs abstinents depuis un à dix ans en ont encore.
Réduire avec des pastilles avant d'arrêter, ou arrêter net ?
Dans l'essai de 697 fumeurs, l'abstinence à quatre semaines atteignait 49 % après un arrêt net et 39 % après une réduction, avec des substituts dans les deux groupes. Cochrane conclut à l'équivalence sur 22 essais. Pour la HAS, l'arrêt complet sous substituts affiche 24 % d'abstinence à un an contre 16,5 % pour l'arrêt graduel, un écart non significatif.
Sources
- West et Sohal 2006 : les arrêts non planifiés tiennent plus souvent 6 mois. Consulter la source
- Cooper 2010 (ITC, 4 pays) : décider sur le moment ne change pas le résultat à 6 mois. Consulter la source
- Baromètre Santé publique France 2017 : 69,1 % des dernières tentatives d'arrêt faites sans aucune aide. Consulter la source
- Fekom 2022 (Baromètre 2017) : 61,7 % des dernières tentatives sans aucune aide, 25 % en arrêt progressif. Consulter la source
- Eurobaromètre spécial 539 (2023) : attitudes des Européens face au tabac, méthodes utilisées pour arrêter. Consulter la source
- Angleterre 2023-2024 : 40,8 % des tentatives sans aide, et un tiers de chances en moins de réussir. Consulter la source
- Perski 2022 : 92 % des tentatives sans aide courtes et anciennes ne sont jamais déclarées. Consulter la source
- HAS 2014 argumentaire scientifique : arrêt sans traitement, date d'arrêt, arrêt progressif contre arrêt complet. Consulter la source
- Substituts nicotiniques (patchs, gommes, pastilles, spray, inhaleur). Consulter la source
- Mills 2010 : les substituts nicotiniques doublent le risque de palpitations et douleurs thoraciques (OR 2,06). Consulter la source
- Aphtes après l'arrêt du tabac : deux personnes sur cinq. Consulter la source
- OFDT 2023 : une préférence durable pour l'arrêt autonome, en recul de 61 % à 40 % en Australie. Consulter la source
- Gritz 1991 : chez 554 personnes arrêtant seules, au moins 87 % ont des symptômes de sevrage la première semaine. Consulter la source
- Symptômes du sevrage tabagique : lesquels sont validés, lesquels ne le sont pas, et combien de temps ils durent. Consulter la source
- Hughes 1992 : chez ceux qui arrêtent seuls, les symptômes reviennent à la normale en 30 jours, sauf la faim et le poids. Consulter la source
- Prise de poids après l'arrêt du tabac : 4 à 5 kg en moyenne à 12 mois, l'essentiel sur les 3 premiers mois. Consulter la source
- L'envie de fumer (craving) : ce qu'on sait de sa durée, et ce qui circule sans source. Consulter la source
- Sevrage brutal vs sevrage progressif. Consulter la source
- Cochrane 2019 : réduire avant d'arrêter ou arrêter d'un coup, mêmes chances à 6 mois. Consulter la source
- Thérapie de groupe et effet de réseau social. Consulter la source
- Cochrane 2018 : renforcer le soutien d'un partenaire n'augmente pas l'abstinence (RR 0,97 à 6-9 mois, 1,04 à 12 mois). Consulter la source
- Depuis le 1er janvier 2019, les substituts nicotiniques sont remboursés à 65 % sur ordonnance, sans plafond annuel. Consulter la source
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